Conférence : l’art de voir, mieux comprendre la peinture

Conférence : l’art de voir, mieux comprendre la peinture

Les artistes veulent être aimés pour eux-mêmes et non pas pour la valeur qu’ils représentent.

Edgard Degas a dit à propos de son tableau « Les danseuses à la barre » qui avait été revendu très cher en vente publique : « je ne crois pas que celui qui a peint ce tableau soit un sot, mais ce dont je suis certain c’est que celui qui l’a acquis est un con ! »

Le monde de l’art est vaste. Nous allons essayer de mieux comprendre la peinture, à travers l’esprit des Impressionnistes, car ce sont eux les précurseurs de l’art moderne, ceux qui ont le plus influencé les peintres d’aujourd’hui. Le sujet est à la fois complexe et subjectif. Notre regard sur la peinture n’est plus le même que celui des Impressionnistes, beaucoup de choses ont changé.

L’oeil a besoin d’une « accoutumance », ce qui était nouveau et choquant à l’époque est devenu traditionnel aujourd’hui. Les modernes sont devenus classiques.

La peinture est un langage. Sa compréhension est une source de joies, de découvertes.

Nous avons trop tendance quand nous parlons de peinture à nous fier à notre première impression, sans autre raisonnement, nous jugeons par instinct.

Si la peinture nous plait, nous l’admirons, nous éprouvons du plaisir à la regarder. Si elle ne nous plait pas, on la rejette. Nous sommes souvent trop catégoriques, sans pouvoir l’expliquer.

La peinture, c’est l’art des contradictions, c’est pourquoi nous avons besoin de références, de repères. Nous ne détenons pas de vérités, de certitudes.

L’initiation dans ce domaine n’existe pas. Seules quelques clés permettent d’accéder à ce langage secret et satisfaire notre curiosité. Tous les goûts sont dans la nature, à nous d’affirmer, d’exercer le nôtre.

Au temps des Impressionnistes, l’art a éclaté vers des visions nouvelles. Depuis une cinquantaine d’années, l’art s’est atomisé en de multiples courants, le plus souvent éloignés de tout idéal.

Nous vivons une période troublée, de rejets, de destruction de l’image de la beauté.

Nous rejetons l’imposture, le massacre de l’art véritable. Cette forme de barbarie insidieuse et sournoise qui nous fait croire à une prétendue innovation artistique.

« J’ai l’impression que mon monde n’existe plus. Je ne comprends rien à notre époque. C’est comme si la laideur avait envahi la planète » (Balthus)

Pourquoi remettre en question les notions d’art essentielles à notre culture ?
L’éducation artistique est l’épanouissement de notre personnalité. Elle est de plus en plus compromise par la dégradation de notre environnement, par l’enseignement du non-art, du « bas-art », du pouvoir des médias, de la presse, de la télévision, de la publicité qui nous polluent l’esprit, nous abrutissent, nous crétinisent, annihilent notre sens critique. Seule une minorité continue à défendre les vraies valeurs de l’art.

L’art s’étiole faute d’être nourri par la passion. Les sources de l’imagination semblent taries. La mémoire visuelle s’est atrophiée. L’ingéniosité remplace le génie. Le bizarre remplace la sincérité et l’émotion. L’art est le reflet de notre époque.

Que sont devenus « les Beaux Arts » ? Sommes-nous dans une période de décadence, de transition ou déjà nous amorçons une nouvelle renaissance ? Le véritable artiste est-il « une espèce en voie de disparition ? » La création reste un mystère. Si l’on peut définir les éléments essentiels qui constituent une oeuvre d’art, en déterminer ses règles et ses lois, nous aurons en main une partie de ce mystère. Comment peut-on expliquer la fascination que l’on a devant certains chefs-d’oeuvre ? « Un tableau pour être complet doit apporter la joie des yeux qui attire, la joie de l’esprit qui captive, la joie du cœur qui retient ». (Paul Valéry) Que faire devant un tableau ? Prendre son temps, chercher à le regarder autrement, énumérer les différentes qualités que l’on devrait y trouver et dont nous allons parler.

La sincérité de l’émotion
Un peintre cherche toujours à exprimer, à transmettre son émotion. Pour quelle soit réelle et ressentie par le spectateur, il faut avant tout quelle soit sincère. « On n’est jamais ni trop scrupuleux, ni trop sincère, ni trop soumis à la nature » (Cézanne). Le peintre est un témoin de son temps. Son message doit être simple et clair, compréhensible pour tous. Prenons l’exemple de Claude Monet, le Père de l’Impressionnisme. »Interpréter la peinture suivant sa sensibilité, sa personnalité, tout en gardant sa fraîcheur, sa spontanéité, son authenticité « . De nos jours la sensibilité et la sincérité de l’artiste sont souvent bafouées.

La Personnalité
La règle veut que la personnalité soit un aboutissement. Dire d’un artiste qu’il a un style personnel, c’est un vrai compliment. C’est l’une des plus belles qualités qu’un peintre puisse avoir, quand on reconnaît immédiatement son style, sa facture. Voyez des styles très marqués : Cézanne, Dufy, Gauguin, Matisse, Modigliani, Picasso, Renoir, Seurat, Van Gogh…Sans chercher à se singulariser, en restant soi-même, on peut y parvenir, à force de travail et de persévérance, en cumulant le plus grand nombre de qualités possibles. La peinture devient aussi personnelle que l’écriture.

La personnalité dépend de nos origines, de notre milieu familial, de notre entourage, de notre environnement. Il n’y a pas de regard vierge. « A deux ans nous avons un livre d’images, à quatre ans une boite de couleurs, à huit ans un professeur de dessin, à douze ans on nous promène dans les expositions ou dans les musées, sans oublier toutes ces heures passées devant la télévision. Nos goûts, nos idées sont influencés avant d’avoir atteint l’âge de raison. Plus tard, en copiant les maîtres sans chercher à les imiter, nous pouvons trouver notre propre style, notre propre facture, sans renier pour autant nos origines » (Armand Drouant) Le don pictural se manifeste par une grande habilité manuelle. Beaucoup de grands artistes ont fait preuve d’une évidente virtuosité. Toutefois, le génie créateur ne se situe pas à ce niveau, il peut même totalement s’en passer. On trouve des virtuoses du pinceau parmi de médiocres dessinateurs. La création est une affaire de tête avant d’être une prouesse de la main.

Beaucoup de conceptions soi-disant modernes reposent le plus souvent sur des idées oubliées ou délaissées. Ça fait nouveau, mais c’est vieux comme le monde. Certains pensent être personnel, ne rien devoir à personne, ne pas faire du déjà vu, alors que leurs tentatives, leurs recherches, leurs inventions créent la confusion sans rien apporter de novateur. Autrefois la vie était différente, plus propice à la bohème. On prenait le temps d’apprendre, de réfléchir, de réaliser. Les artistes étaient moins nombreux. Les amateurs étaient de vrais amateurs, dans le sens du verbe aimer. Quand ils achetaient un tableau, ils ne pensaient pas à l’argent, à la plus-value possible. « Un connaisseur sait découvrir dans les œuvres d’art toutes les beautés qu’elles renferment et mêlent le goût au jugement » (Callistrate) Aujourd’hui les spéculateurs, les faux amateurs d’art ne veulent plus être en reste, dès qu’un peintre brille par une soi-disant originalité, lancé par un coup publicitaire ou médiatique, ils pensent avoir découvert l’oiseau rare, qui souvent se révèle être un canard boiteux ! Pour éviter cette confusion, apprenons à être plus sélectif, plus exigeant et à reconnaître les vraies personnalités.

Un peintre doit avoir sa propre manière, son propre style qui évolue au cours d’une vie. S’il en change souvent, il ne l’a pas encore trouvé. S’il n’en change plus, il n’évolue plus, il devient trop répétitif, son style devient un système qui lasse ses admirateurs. La personnalité s’acquiert par l’effort après avoir franchi l’initiation des maîtres.

La technique
Pas de grands peintres sans une excellente technique. Pas de grands musiciens sans une parfaite connaissance du solfège. L’art de la peinture à l’huile remonte au XVème siècle, depuis son invention par Jan Van Eyck. A l’époque, on devenait peintre après 13 années d’apprentissage. Le Maître professait quatre règles : observer, analyser, déduire, expérimenter. De nos jours, le rythme de vie trop rapide, nos besoins ne nous permettent plus de prendre notre temps. Cette vie trépidante a bouleversé nos habitudes de vie. Nos artistes doivent reprendre loin du bruit et de l’agitation la leçon des maîtres anciens, maîtriser le mieux possible les différentes techniques tout en profitant des progrès de la science et de l’utilisation des nouveaux produits.

Il n’y a pas une manière de peindre, mais une manière pour chaque peintre, qui choisira son propre mode d’expression tout en respectant les bases techniques. Sans vouloir donner un cours de peinture, le plus souvent on conseille la préparation de la toile en plusieurs couches bien blanches. Un bon dessin, puis une ébauche de couleurs chaudes diluées à l’essence, tel un lavis sans utilisation de blanc, en recherchant à placer les volumes et les masses. Ce « fond de teint » étant placé sur toute la surface du tableau, on peut procéder à la règle  » gras sur maigre « , qui petit à petit donne du corps au tableau, en utilisant de l’essence et de l’huile ou un médium pour lier les couleurs et leur donner un maximum d’intensité. Il est certain que si l’on ne respecte pas certaines règles, le tableau se dégradera rapidement, apparition d’embus, de couleurs qui passent ou qui foncent, de craquelures…

Le dessin
« Dessiner ne veut pas dire simplement reproduire les contours, le dessin ne consiste pas seulement dans le trait, le dessin c’est encore l’expression, la forme intérieure, le plan, le modelé. Le dessin comprend tout sauf la couleur ». (Ingres) La composition graphique règle la direction des lignes, c’est le contour ou l’arabesque. La composition des volumes, c’est la répétition des masses, leur étendue. La composition de la lumière, c’est l’étude des parties sombres ou éclairées, c’est le modelé qui donne la vie au dessin. « Le secret n’est point d’abréger mais d’amplifier, de prolonger la sensation » (Delacroix). Les dessins, les études constituent les « notes » indispensables à l’exécution d’un tableau.

La perspective
« La perspective est la première chose qu’un peintre doit apprendre pour savoir mettre chaque chose a sa place ». (Léonard de Vinci)
C’est l’intelligence du dessin, sa qualité, sa justesse, son équilibre que nous admirons toujours chez les maîtres anciens.

La couleur
Parler de la couleur, c’est avant tout parler de la lumière. Sa qualité, son intensité fait varier les couleurs. Les Impressionnistes et les Pointillistes en juxtaposant de petites touches de couleurs, abandonnant ainsi le mélange sur la palette, obtinrent une lumière remarquable. Ils utilisèrent cette technique du mélange optique pour créer des effets spectaculaires dans des œuvres très lumineuses. Le spectre solaire se compose de trois couleurs dites primaires : le bleu, le rouge, le jaune et de trois couleurs dites complémentaires : le vert, le violet, l’orange. Les couleurs complémentaires s’exaltent par juxtaposition, mais se détruisent par leur mélange. Le bleu exalte l’orange. Le jaune exalte le violet. Le rouge exalte le vert et réciproquement. La qualité d’une couleur, son intensité provient de celles qui l’entourent.
« Quand la couleur est à saturation, la forme est à sa plénitude » (Cézanne). C’est à dire lorsque la couleur a atteint son degré de pureté, la forme est entièrement à sa place. Coloriste avant tout, Cézanne privilégiait la couleur par rapport à la forme. Il a su compenser ses faiblesses en dessin par ses très grandes qualités de coloriste. L’on reconnaît un vrai coloriste autant au tonus de ses couleurs vives qu’à la manière dont il manie ses gris. On se lasse vite de l’abus des couleurs trop fortes, les effets provenant d’harmonies discrètes sont plus attachants.

La matière
La grande peinture est lisse, c’est à dire sans épaisseur sur une toile ou un panneau bien préparés. Ainsi telle la Joconde elle résiste à l’usure du temps. La peinture entièrement au couteau à palette, faite d’empâtements, d’épaisseurs, de reliefs est un art mineur. Ces effets sont souvent dus au hasard. Cette peinture vieillit mal pour cause de craquelures. Toutefois la règle est de glacer les ombres et d’empâter les lumières pour accentuer le relief. Une touche épaisse placée au couteau à palette permet d’accentuer une lumière. Un des secrets de la luminosité consiste à ne jamais revenir sur une touche de lumière Elle doit être posée franchement d’un seul coup. Si elle n’est pas juste, le peintre doit l’effacer et recommencer. Si l’on revient dessus elle perd son éclat, sa fraîcheur d’exécution.

L’harmonie
« L’art, c’est l’harmonie » (Georges Pierre Seurat) Si l’on cherchait un emblème à la peinture, nous pourrions prendre celui de la balance. Toute sa vie l’artiste est tiraillé entre ses doutes et ses certitudes. Une des constantes de l’art est cette recherche de l’équilibre. C’est la loi des contraires, des oppositions qui s’attirent, s’équilibrent ou se rejettent et se contrarient. C’est le yin et le yang des Chinois. Une droite appelle une courbe, une lumière, une ombre, un ton chaud, un ton froid… Ce sont les modulations, les contrastes, les zones d’ombres contre les zones éclairées qui donneront au tableau sa musicalité, son rythme, sa résonance, sa sonorité. « L’écho répond à l’écho, tout se répercute » (Braque). L’harmonie d’un tableau dépend du jeu sensible des lumières, habilement distribuées, dosées, réparties entre les zones d’ombres et de repos. Ce que nous appelons le chemin de la lumière qui part du point le plus lumineux et se termine dans les parties les plus foncées. L’artiste détermine les harmonies les plus justes, plus elles sont sensibles, plus elles font la qualité, la distinction d’un tableau.

La sensibilité
La valeur d’un peintre se reconnaît à la façon sensible qu’il a de recevoir et de transmettre ses sensations, ses sentiments. La sensibilité provient d’un cœur tendre au service d’un esprit fin. Ne pas confondre sensibilité et sensiblerie. L’artiste tout en montrant sa force, sa fermeté doit en même temps montrer sa sensibilité, sa délicatesse, la finesse de son œil, sans jamais être mièvre.

Le sujet
Le sujet, c’est le mobile, le motif, la source d’inspiration. Au choix du sujet, on juge l’artiste. Tous les sujets sont bons à condition qu’ils soient traités de manière simple et sincère. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. L’art des grands peintres est d’être direct, simple et clair. Méfions-nous des sujets compliqués, confus, embrouillés, incompréhensibles qui doivent être livrés avec un mode d’emploi, tel un rébus. « Plus les lignes et les formes sont simples, plus il y a de beauté et de force » (Ingres). Les sujets les plus simples sont les plus recherchés. Une maison, un arbre, de l’eau, un personnage avec ses seuls éléments Corot, Monet, Sisley ont fait des chefs-d’œuvre. L’art du peintre est donc d’animer son tableau, d’augmenter, de renforcer un effet, un volume , un contraste ou au contraire de tempérer, de diminuer, de supprimer certains détails pour aller à l’essentiel.

Les qualités décoratives
La mission d’un tableau est d’être décoratif, il doit orner, décorer notre maison, mais aussi nous apporter des joies plus profondes. Ne confondons pas peinture et art déco. L’art décoratif est un art mineur aux qualités extérieures par rapport à l’art pictural aux qualités plus profondes. Ne recherchons pas le joli, mais le beau. Les grands peintres sont de grands décorateurs qui savent parler à notre esprit et à notre cœur. On peut être sensible à une fresque, à un joli décor, mais cela ne représentera jamais ce que l’on peut retrouver dans une peinture à l’huile.

Le rêve, la poésie
Si le tableau doit charmer notre curiosité intellectuelle, il doit aussi parler à notre cœur et bercer nos rêves d’évasion. Les grandes œuvres sont limpides, parlent de suite au spectateur, le tableau nous délivre son message, qui peut être une image de joie de vivre, de bonheur. Dans la période tourmentée que nous vivons, tout ce qui touche, émeut et charme simplement est considéré comme puéril, ridicule, démodé. Peu importe ce que certains disent, retrouvons les vraies valeurs et écoutons le chant des sirènes. « La peinture est la poésie de la vue » (James Whistler)

Les faux artistes
Que penser de la sincérité de tous ces artistes prétentieux, sans génie, sans imagination, sans humour, sans connaissance artistique ou à la mémoire défaillante qui reprennent à leur compte ce qui a été crée avant eux avec plus de talent. Ces artistes plasticiens, qui recherchent le scandale et présentent à grand renfort de publicité, des tableaux-sculptures à base de coulures, de bavures, de barbouillages, d’affiches maculées, d’images obscènes ou morbides, de corps sanguinolents, d’objets innommables, d’assemblages hétéroclites, de détritus, d’excréments, etc… Ces prétendus artistes qui prennent un objet pour le détruire, sans rien apporter de nouveau à tous ces objets de rebut promus oeuvres d’art. Ces mêmes artistes devenus chefs d’équipe, chefs d’entreprise dont le seul pouvoir de création réside dans une « idée » qu’ils font exécuter dans des ateliers. Une simple esquisse, un dessin , donnée à des praticiens qui vont peindre, reproduire à l’aide de procédés ou « sculpter » en argile, en bronze ou en résine, une « oeuvre originale » tirée à de nombreux exemplaires que le « maître » n’aura plus qu’à signer et que des « gogos » achèteront. Qui devons-nous féliciter le maître ou ces artisans d’art qui ont fait tout le travail ? Les faux artistes « se singent » les uns les autres. L’art n’a jamais été une industrie. C’est le principe du concept : l’art de faire de l’argent et de plagier.
L’art n’est ni une farce, ni une marchandise. Rappelons-nous les véritables créations de Malevitch, de Kandinsky, de Schiele, de Mondrian, les recherches de Picasso, de Braque, de Matisse, les provocations et l’humour de Duchamp et tant d’autres qui ont apporté une véritable oeuvre novatrice, bien qu’elle reste encore souvent décriée. Rembrandt, Rubens, entre autres grands maîtres, avaient des élèves qui exécutaient des tableaux ou des répliques à partir d’études, de dessins, sous le contrôle permanent du maître qui le plus souvent gardait une part très active dans l’exécution de ses œuvres pour éviter toute contestation. Depuis quelques décennies, le diable est entré dans l’art, on nous présente des visions de cauchemars où le conscient et l’inconscient rivalisent de brutalité, c’est une descente aux enfers. C’est l’art cruel qui témoigne du malaise, de l’attitude négative, de l’insatisfaction, de l’impuissance de nos artistes face au monde moderne. « La principale raison de la lugubre décadence où est tombée aujourd’hui la peinture est qu’elle n’a plus rien à dire. C’est le morne spectacle de la bêtise, de l’ignorance et de la maladresse mises au service de la laideur, quand ce n’est pas de la folie » (Paul Claudel)

Vers des réalités nouvelles
De nos jours, tout est remis en question. Ce qui était admiré, se trouve dédaigné, voir rejeté. En vertu de cette théorie, aucun savoir n’est indispensable à la création artistique. L’art sans enseignement, sans références, c’est le nihilisme, le néant. Toute une génération de « nombrilistes », influencés ou non par des personnes sans scrupules, se prétendent créateurs et prennent à la lettre la boutade de Picasso « Je ne cherche pas, je trouve ». Nous sommes blasés par ces fausses audaces. Se moquer du public, c’est aller à terme à son indifférence, à sa désaffection. Peu à peu, les amateurs d’art désertent les galeries, les expositions, les salles des ventes. Seules les grandes expositions d’artistes consacrés présentés dans des Musées ou les plus importantes manifestations internationales gardent la faveur du public. A condition toutefois, d’y apporter des thèmes originaux ou des oeuvres inédites.
Pendant trente siècles, l’art était le reflet d’une esthétique, la recherche de la beauté sous toutes ses formes. Nous restons attachés à nos racines culturelles, rien ne nous oblige à aimer l’art d’aujourd’hui, mais quel plaisir de rencontrer de vrais artistes. Nous pouvons aimer l’art sous toutes ses formes. L’éclectisme n’est pas l’acceptation irraisonnée d’un ensemble de peintres d’époques différentes. Il permet au contraire de faire un choix, de discerner le meilleur chez des artistes très différents et de laisser de côté leurs insuffisances et leurs excès. C’est introduire la cohésion dans la dispersion. Dans notre société en pleine mutation technologique, les collectionneurs avisés aiment à retrouver les vraies valeurs qui se perpétuent dans le temps. La peinture est un langage irremplaçable, de nouveaux artistes dans d’autres domaines nous séduiront. Nous n’avons pas parlé des artistes vivants, nous ne les rejetons pas, surtout s’ils sont sincères, simplement ils ne sont pas encore entrés dans la véritable histoire de l’art. Certains ont profité de la mode, de l’air du temps, du « Zeitgeist », mais combien résisteront à l’épreuve du temps ? « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif » (Baudelaire) Les grands artistes ont su unir le fugitif au permanent.

« Le coup de coeur »
Méfions-nous des décisions hâtives, irréfléchies. Pourquoi dit-on j’aime ce tableau, je n’aime pas celui- là ? Voilà un des mystères de la peinture qui échappe à l’analyse et aux règles dont nous avons parlé. On peut s’emballer, aimer un tableau qui présente des défauts et au contraire rejeter un tableau qui présente plus de qualités. En art rien n’est parfait, ce qui compte c’est le plaisir que l’on ressent, qui touche au cœur et à l’esprit. Au premier coup d’œil, vous pouvez ressentir une impulsion, une sympathie qui vous poussent vers un tableau plutôt que vers un autre. Ce tableau a toutes les chances d’être réussi puisqu’il vous a attiré. Engagez le dialogue avec lui, voyez s’il répond à vos goûts, à vos aspirations, s’il peut faire partie de votre décor de tous les jours, si vous avez envie de vivre longtemps avec lui. Si l’impulsion est très forte, n’hésitez pas, achetez-le, pensez que cette oeuvre originale, unique risque de ne plus jamais être entre vos mains. Le risque de cet « achat au coup de coeur » sera d’autant moins important que vous aurez appris à exercer votre œil et que vous aurez énuméré, en toute tranquillité, les différentes qualités que vous aurez trouvé dans votre tableau.

Cette conférence est le début d’un ensemble de conseils et de réflexions sur notre monde de l’art. Elle nous concerne tous. Vos idées, vos critiques seront les bienvenues. Notre minorité agissante, en toute modestie, entend apporter un message d’espoir pour régénérer l’art.

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